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La raison pour laquelle je ne tente pas (encore) l’aventure à l’étranger

La raison pour laquelle je ne tente pas (encore) l’aventure à l’étranger

En juillet dernier, au club house, après une belle partie de golf au National, une conversation très anodine sur le projet personnel de Thierry, l’ami d’un ami, la trentaine, de s’expatrier et de s’installer à Londres. Et un autre ami, plus âgé, de lui dire, la chance qu’il a de pouvoir tenter cette aventure, que malheureusement de son côté, il ne peut se permettre (ses enfants, son business, son âge?, etc.). Cela m’a beaucoup fait réfléchir, revenue chez moi.

Beaucoup de mes amis sont à l’étranger aujourd’hui. A tel point que j’ai plus d’amis proches à l’étranger que sur le sol Français: à Seattle, en Californie, en Asie, ailleurs en Europe ou même au Liban… A de nombreuses occasions dans ma vie, j’ai eu la tentation de partir, à Londres, à Singapour, à Seattle ou encore à NYC et j’ai à chaque fois étudié très sérieusement l’éventualité. Et à chaque fois, je suis revenue sur ma décision. Quand je vais à Seattle, où je me sens il est vrai comme chez moi, j’ai systématiquement droit à la question « quand est-ce que tu viens? » et moi de répondre « un jour, peut-être ». On me voit comme quelqu’un d’international, qui irait bien dans une aventure à l’étranger.

Je suis assez émerveillée de voir mes nombreux collègues partir à l’aventure avec femme et enfants à l’autre bout du monde. C’est si simple au fond… le plus dur est de prendre la décision et de se jeter à l’eau. Le reste n’est qu’une « formalité ». Mais il est vrai c’est une chance aussi. Alors pourquoi, moi, qui suis finalement sans attache, sans enfant, est-ce que je reste ici en France lorsque tout le monde s’en va? Pourquoi ne pas aller tenter l’aventure, là où la croissance est plus forte, là où tout semble plus simple, là où le niveau de vie serait tellement meilleur?

Ce que personne ne saisit et ne comprend vraiment, c’est que ma vie en France est en soi déjà MON aventure à l’étranger. J’y ai vécu largement la grande majorité de ma vie, j’ai une vie on ne peut plus parisienne, je vote et j’ai été naturalisée mais je suis et resterai une étrangère… pour toujours.

Je suis née en Corée. J’y ai vécu les 6 premières années de ma vie et croyez-moi cela compte autant sinon plus que les 30 années qui ont suivi. Les racines, c’est incroyable le poids que cela peut prendre!

Cela se voit sur mon visage. J’ai beau avoir la nationalité Française, ma tête reste une tête de Coréenne. 🙂

Cela se voit dans mon nom. J’ai décidé de garder mon nom, car c’est celui que ma mère m’a donné et pour rien au monde je ne m’appellerais autrement (vous vous souvenez du « Toi tu t’appelles Nathalie ? Avec tes yeux bridés et ta face de citron ? » – Les Inconnus), ce serait absurde.

Cela se voit dans ma façon de vivre. J’ai gardé toutes les traditions coréennes dans mon quotidien. C’est l’éducation que j’ai reçue et que je souhaite transmettre. Cela fait de moi ce que je suis aujourd’hui et c’est un bien précieux.

Au téléphone ou à l’écrit, personne ne pourrait vraiment douter de mes origines… Je parle sans doute mieux Français que certaines personnes. Mais qui se doute que sans cesse, mon cerveau se ressasse les règles grammaticales d’accord du participe passé avec le COD placé devant, de la conjugaison des verbes et du genre des mots? car finalement, le Français n’est pas ma langue maternelle. Je l’ai appris à l’école sans le parler au quotidien à la maison. En fait, je ne le parle toujours pas au quotidien chez moi.

Les galères administratives, je les ai vécues et les vis encore. Les longues files d’attente à la préfecture de police pour la carte de séjour temporaire; les paperasses à rallonge qu’il faut fournir chaque année; le douanier qui crie à l’aéroport… les nombreuses démarches qu’il faut arriver à faire seul…

Que je suis étrangère, on me le rappelle au quotidien. Des moqueries de cour d’école « Oh la Chintoc », au poissonnier du Carrefour criant « alors? les chinois? », au regard des co-prioriétaires de mon immeuble qui m’ont vue pour la première fois en réunion de co-pro, en passant par la boulangère qui me servait systématiquement les croissants les plus cramés, au gars random dans la rue qui ne peut pas passer à côté sans décrocher un « alors, ma chérie, comment ça va? », à certains de mes professeurs que je rendais malade à être première de ma classe, devant les Français (et même en Français), à la question classique « vous venez d’où? » au début de chaque conversation, j’ai droit à mon petit rappel depuis des années… je ne suis pas Française.

OK. Et je crois qu’au fond, ça me va. J’assume pleinement mes origines et je ne m’en plains pas. Et j’ai finalement appris à passer outre ces piqûres de rappel que l’on me fait au quotidien. Je ne vais surtout pas me plaindre car je ne suis pas réfugiée politique ou « boat-people » comme le suggérait un jour une RH au travail. Je ne suis pas victime de racisme comme le seraient d’autres étrangers en France. Je n’ai jamais eu de problème pour renouveler ma carte de séjour. Je fais partie de ces étrangers chanceux, qui ont eu une éducation (prépa, école d’ingé) et qui ont aujourd’hui une « situation ». Je ne suis vraiment pas à plaindre. Le choix de mes parents de venir en France était tout simplement motivé par l’envie de refaire leur vie, et de tenter l’aventure, comme beaucoup le font aujourd’hui. On l’a juste fait 30 ans avant tout le monde.

Pourquoi vous raconter tout cela? Pour vous expliquer qu’au final, partir aujourd’hui vers une autre destination ne m’intéresse pas car j’ai déjà vécu l’aventure de m’installer sur une terre inconnue. Je suis déjà passée par ces phases d’étonnement, d’émerveillement et de découverte. J’ai déjà tout reconstruit de zéro et j’ai fait ce grand écart culturel. J’ai déjà posé mes valises en sortant de l’avion et se suis aventurée dans l’inconnu. J’ai encore un sentiment d’inachevé ici. J’ai encore un peu de chemin avant de m’en aller et repartir à l’aventure. Mes nombreux voyages m’ont montré que finalement en France, on vit bien. Ce pays a ses défauts mais a de grandes qualités aussi. Et je ne suis pas certaine de trouver une terre d’accueil bien plus propice ailleurs.

Aujourd’hui, ce qui m’importe, c’est de trouver cet équilibre intérieur entre mes origines Coréennes si fortement ancrées en moi et cette culture Française que j’ai absorbée comme une éponge. Dans quelques années peut-être, quand j’aurai fondé une famille à mon tour, vous me verrez peut-être partir pour construire une nouvelle vie ailleurs. En attendant, non, je ne tenterai pas l’aventure à « l’étranger ».

 

 

1 Comment

  1. Pierre
    27/01/2016

    Un joli billet !! Une petite faute du clavier « se suis aventurée dans l’inconnu » …

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